Le plus important mouvement jeunesse au pays ... entièrement financé par l'arméeDès la fin de l’école primaire, à l’âge de 12 ans, vos enfants peuvent être approchés par un recruteur des Cadets royaux de l’armée canadienne. Il leur fera miroiter la chance de se faire de nouveaux amis, de vivre une expérience d’aventure et de voyager. À travers le Canada, ce sont 50 000 jeunes qui sont embrigadés dans les corps de cadets de l'armée de terre, de l'armée de l'air ou de la marine. L'État canadien investit annuellement dans les cadets plus de 200 millions par l'entremise du budget du ministère de la Défense. Le jeune cadet, en uniforme militaire, côtoie, à chaque semaine, des instructeurs formés par l’armée. Leurs parents peuvent voir d’un bon oeil la régularité des activités, la possibilité de camps de fin de semaine et l’accès à des camps d’été sur les bases militaires. De surcroît, ils n’ont pas à débourser un sou et leur jeune peut même recevoir une prime de 500 à 1000 dollars à la fin d’un camp d’été. On peut donc comprendre que ces perspectives puissent être particulièrement attrayantes pour les familles démunies. Il est en effet difficile pour un parent de refuser à son fils ou à sa fille de 14 ans la possibilité d'activités régulières et de voyages gratuits ou de dire non à la possibilité de participer à un camp d'été rémunéré à Banff ou en Allemagne. C’est pourtant dans ce contexte que les jeunes sont exposés à une gamme d’outils militaires. Au cours des entraînements, on conditionne les cadets à l’obéissance au doigt et à l’oeil, c’est-à-dire au « drill », comme il est nécessaire de le faire dans la hiérarchie militaire. Ils reçoivent des formations de survie en forêt, en premiers soins et en topographie, toutes les fonctions indispensables à la survie d’un fantassin au combat. Le développement des habiletés de tir à la carabine fait partie des compétences de base qui sont transmises aux participants dès l’âge de 13 ans. Ils apprennent d’abord à tirer avec des carabines à air comprimé et ensuite avec d’autres armes plus puissantes. Lorsqu’ils atteignent 14 ans, les cadets de l’armée de terre participant aux camps d’été peuvent même tirer à balles réelles avec une arme automatique C-7, soit exactement le même type d’arme utilisé par les militaires en Afghanistan. Le fonctionnement des cadets de l’armée est un calque de celui d’une unité de Réserve : les jeunes qui ont fréquenté les cadets sont déjà parfaitement conditionnés aux horaires et au fonctionnement de ce qu’on appelle dans l’armée de terre une « unité de milice ». À ce niveau, les jeunes sont déjà familiers avec la plupart des notions de base connexes au combat. Il ne leur reste qu’à assimiler les notions de combat pour être opérationnels et mobilisables. D’ailleurs, les nouvelles recrues de la Réserve qui ont fait un passage de deux ans ou plus dans les cadets se voient automatiquement accorder une reconnaissance de leurs acquis se traduisant par l’attribution d’une demi-année d’expérience à leur échelle salariale. Certains intervenants en milieu jeunesse orientent des jeunes qui sont turbulents ou qui vivent dans un environnement familial problématique vers les cadets de l’armée. Ils perçoivent cette voie comme un moyen d’aider les jeunes : la croyance est souvent que la discipline et l’entraînement militaire canaliseront leur énergie vers un usage constructif et leur évitera de sombrer dans la délinquance. Est-ce réellement de la discipline que l’on transmet aux jeunes, ou est-ce plutôt un conditionnement à la soumission? La Défense nationale s’obstine à dire que le mouvement des cadets n’est pas un outil de recrutement. Pourtant, il ne finance sans doute pas ces activités jeunesse de façon désintéressée. Combien de cadets se retrouvent dans l’armée lorsqu’ils atteignent l’âge adulte? Les officiers des affaires publiques refusent de dévoiler le nombre, « pour ne pas présenter les cadets comme un moyen de recrutement pour l’armée ». On peut toutefois obtenir des indices en consultant les chiffres officiels de la Grande Bretagne (dont la structure militaire est similaire à la nôtre) : 46 % des officiers en service dans l’armée de terre britannique se sont enrôlés comme cadets durant leur jeunesse. Si les militaires refusent de divulguer la proportion des cadets qui se retrouvent dans l’armée, est-ce parce qu’il s’agit effectivement d’un moyen efficace de recrutement qu’ils ont avantage à dissimuler? Ces photos ont été prises sur la base militaire de Valcartier, près de Québec, en 2006 et proviennent de : www.armycadethistory.com/Valcartier/Valcartier_photo_gallery2006.htm
|
Dans l'actualité
|